
Vous entendrez ce mot toute la journée à PolluConf, le 1er octobre. Les organisateurs en ont fait le thème de l'édition 2026, sous le titre « Aloha ALARA – aussi bas que raisonnablement possible ! ». ALARA est l'acronyme de « as low as reasonably achievable ». Derrière ces quatre lettres se cache une question que chaque diagnostiqueur tranche plusieurs fois par mission, souvent sans la formuler. Jusqu'où faut-il aller pour protéger les occupants, et à partir de quand en fait-on trop ?
D'où vient le principe
Le principe est né dans la radioprotection. En Suisse, l'ordonnance sur la radioprotection le nomme « optimisation ». Son article 4 demande de réduire « autant qu'il est raisonnablement possible » la probabilité des expositions, le nombre de personnes exposées et la dose que chacune reçoit. En clair, respecter la limite de dose ne suffit pas. Il faut aussi montrer que l'on a cherché à descendre en dessous, tant que l'effort restait raisonnable.
Pour les polluants du bâtiment, le mot ALARA n'apparaît pas dans la loi sur la protection de l'environnement. Cette loi porte pourtant la même idée. Son article 11 demande de limiter les émissions à titre préventif, « dans la mesure que permettent l'état de la technique et les conditions d'exploitation et pour autant que cela soit économiquement supportable ». Autrement dit, la loi attend que l'on réduise l'exposition avant même qu'un dommage soit prouvé. Elle fixe deux garde-fous, ce que la technique sait faire et ce que l'on peut raisonnablement payer.
Une valeur limite est un plafond, pas un objectif
Prenons l'amiante. La Suva fixe la valeur limite d'exposition aux postes de travail, la VME, à 10 000 fibres respirables par mètre cube d'air, soit 0,01 fibre par millilitre. Cette valeur vaut pour les postes où l'on manipule des matériaux amiantés. Partout où ce travail n'est pas nécessaire, dans un bureau par exemple, la concentration à ne pas dépasser tombe à 1000 fibres par mètre cube.
Ces valeurs sont des obligations. Personne n'a le droit de les dépasser. Mais elles ne disent pas ce qu'il faut viser. C'est là qu'ALARA intervient. Entre zéro et la limite, il existe toute une gamme de situations, et le principe demande de choisir, parmi les mesures raisonnables, celle qui réduit le plus l'exposition. Rester juste sous la VME n'est donc pas un succès. C'est le minimum légal.
Les deux moitiés du principe pèsent le même poids. « Aussi bas » interdit de s'arrêter à la limite quand on peut faire mieux à peu de frais. « Raisonnablement » interdit d'exiger une dépose complète quand elle expose davantage de personnes qu'elle n'en protège. Si l'on oublie la seconde moitié, le principe de précaution devient un principe de démolition. Si l'on oublie la première, la valeur limite devient une cible, et l'on s'y installe.
Un exemple sur un diagnostic
Imaginez une école construite dans les années 1960. La commune prévoit de rénover les sanitaires et vous mandate pour le diagnostic avant travaux. Dans le couloir du rez-de-chaussée, sous un linoléum posé il y a une dizaine d'années, vous découvrez des dalles de sol en vinyle-amiante. Le laboratoire confirme la présence de chrysotile, l'amiante blanc. Les dalles sont liées, intactes et entièrement recouvertes. Les travaux prévus ne touchent pas ce couloir.
Vous avez deux options. La première consiste à recommander la dépose immédiate. Elle libérerait des fibres pendant les travaux, fermerait le couloir le temps du chantier et coûterait un désamiantage complet, tout cela pour une exposition actuelle proche de zéro. La seconde consiste à laisser les dalles en place. Vous inscrivez la zone au cadastre des polluants, vous interdisez le perçage et le ponçage du sol, et vous exigez un contrôle avant toute intervention future dans ce couloir. C'est la réponse ALARA. L'exposition reste minimale et les moyens engagés restent proportionnés.
Changez maintenant un seul détail. Les mêmes dalles se trouvent au pied de l'escalier principal, le linoléum est usé et plusieurs dalles sont fissurées. Les élèves passent dessus toute la journée. L'exposition n'est plus théorique. La dépose devient la mesure raisonnable, et le rapport doit la recommander sans détour.
Ce qui a fait basculer la décision tient en trois données : l'état du matériau, l'usage du local et les travaux prévus. Ce sont elles que vous devez relever sur place, pour chaque matériau suspect, avant de trancher.
Ce que le rapport doit dire
Le rapport doit porter le raisonnement, pas seulement la conclusion. Un rapport qui écrit « dalles vinyle-amiante, à laisser en place » ne protège personne. Un rapport qui écrit pourquoi, avec l'état constaté, l'usage du local et les conditions posées, donne au maître d'ouvrage une décision qu'il peut assumer. Il donne à l'autorité une décision qu'elle peut vérifier.
Cette exigence protège aussi le diagnostiqueur. Recommander la dépose de tout ce qui contient de l'amiante paraît prudent. En réalité, cela expose des ouvriers à des fibres qui seraient restées en place, cela ruine le budget du client, et cela ne repose sur aucune base légale. ALARA est justement ce qui vous permet d'écrire « laisser en place » avec une justification signée, plutôt que de vous cacher derrière la mesure la plus lourde.
Dans PolluScan, l'état du matériau et l'élément de construction se saisissent sur chaque échantillon, au moment du prélèvement. Une zone se marque polluée ou assainie directement sur le plan, sans nouveau prélèvement. Le raisonnement ALARA devient ainsi lisible dans le cadastre, et il suit le bâtiment jusqu'aux prochains travaux.
Sources
Ordonnance sur la radioprotection (ORaP, RS 814.501), art. 4. Loi fédérale sur la protection de l'environnement (LPE, RS 814.01), art. 11 al. 2. Suva, « Amiante : bases légales et protection des travailleurs », et directive CFST n° 6503 « Amiante ». Forum Amiante Suisse, « Prescriptions en matière de protection ». Programme de PolluConf 2026, polluconf.ch.



